Les Tipules (Tipulidae)
Publié le 26/02/2025
Ils envahissent le moindre bout de gazon, se posent sur les murs, pénètrent dans les maisons... On les connaît bien, ce sont les cousins ! À première vue, on peut penser qu’il s’agit d’un gros moustique. Mais l’insecte que l’on nomme aussi « mouche-faucheux » en raison de ses très grandes pattes rappelant celles des opilions (ou « faucheux »), est en réalité une tipule. Pour ce mois de février, on part donc à la découverte de ces diptères !
Description
Les tipules sont des diptères (famille des mouches) dotés d’une seule paire d’ailes membraneuses. Leurs ailes sont complétées par des « balanciers », ou « haltères », particulièrement typiques et visibles chez les tipules, de forme et de concavité faisant penser à une petite cuillère. Ces organes interviennent dans l’équilibre de l’animal, notamment lors du vol. L’ablation d’un balancier, ou sa simple détérioration accidentelle, suffit alors pour fortement perturber le vol, voire l'empêcher totalement. Chez les tipules, les yeux sont très gros et finement « ocellés ». Une « trompe » très allongée lui permet de sucer du nectar, à l’instar des mouches, mais non de piquer comme le font les moustiques.
Zoom sur le balancier © Jean-Louis Lovisa, Pixabay
En France, près de 150 espèces de tipules ont été inventoriées, dont une dizaine jugées nuisibles pour les plantes cultivées.
Les tipules sont très répandues et se ressemblent toutes beaucoup, ce qui les rend très difficiles à distinguer. Un peu à la manière des lézards, la tipule use d’un moyen de défense original et efficace qui consiste à abandonner une patte à qui veut s’en saisir (un oiseau ou vos doigts !). Leurs pattes sont dotées de zones de ruptures, mais cette forme de défense dite « autotomie » est limitée par le fait que les pattes ne repoussent pas... Pas pratique !
Écologie
On différencie aisément les mâles des femelles par leurs extrémités abdominales ; les femelles possèdent un appendice abdominal, l’oviscapte (ou ovipositeur), qui est généralement long et effilé, à l’aide duquel de nombreuses femelles d’insectes déposent leurs œufs dans les endroits les plus favorables pour l’incubation.
Tipule femelle © Pierre Cella, Flickr
La tipule fait son apparition au printemps et en été. Les accouplements suivent de peu l’émergence des adultes. A noter que cet « empressement » est classique chez les insectes dotés d’une durée de vie très brève (10 à 15 jours seulement pour la tipule). Leur seule raison d’être est la reproduction.
Après la reproduction vient la ponte. 200 à 300 œufs par femelle sont pondus dans le sol entre mi-août et début octobre. Quelques jours après, les larves éclosent et hibernent jusqu’au printemps (mais ne restent pas inactives !). Elles grandissent rapidement et peuvent atteindre 4 cm. Elles sont de couleur gris-marron, sans pattes ni tête visibles. Elles sont plus classiquement baptisées par les jardiniers « asticots gris », dénomination générale qui les distingue des « vers blancs », comme le sont par exemple les larves de hannetons.
Les larves affectionnent les zones humides et se développent dans les couches supérieures du sol où elles creusent leurs galeries de mars à mai. Elles peuvent survivre jusqu’à -10 °C. Les larves de tipules se nourrissent ainsi principalement de matière organique en décomposition et plus tard de racines, au détriment des plantes et cultures. Elles se nourrissent la nuit, lorsque les conditions sont humides et que la température est supérieure à 5°C à la surface du sol.
C’est au printemps que les dégâts sont les plus importants car elles terminent leur développement, se nourrissant ainsi d’une importante quantité de végétaux. Elles se transforment ensuite en une nymphe d’où sortira un cousin adulte. Et un nouveau cycle recommencera…
Larves de tipules © Merle André
Certaines espèces de tipules ont des larves qui vivent en milieu aquatique, telle que la Tipula maxima, la plus grande de nos tipules (envergure dépassant les 60 mm et larves atteignant 5 cm). D’autres espèces se développent dans les bois décomposés comme la Ctenophora ornata, facilement reconnaissable car joliment rayée d’orangé, de jaune et de noir, la distinguant des autres tipules pratiquement monochromes et confinés dans la gamme des bruns.
Ci-dessus : Tipula maxima © Michel Ehrhardt, Nature d'Alsace
Ci-dessous : Ctenophora ornata © Frank Vassen, Flickr
Au stade adulte, les tipules se nourrissent occasionnellement de nectar ou de pollen, mais certaines espèces ne s’alimentent pas du tout. Elles ont emmagasiné suffisamment de réserves au stade larvaire pour tenir toute leur durée de vie.
Une Tipula Lunatipula © Jardin du Marais Poitevin
Les tipules et l’Homme
Les « cousins » sont des insectes totalement inoffensifs, du moins pour l’Homme et les animaux, car comme évoqué, les larves dites polyphages (qui se nourrissent d’aliments divers et ne se restreignent pas à une seule catégorie) provoquent des dégâts préjudiciables à toutes les formes de cultures (qu’elles soient fourragères, vivrières, potagères ou encore ornementales), mais aussi aux pelouses.
Les larves s’en prennent aux radicelles, aux rhizomes, aux collets et aux feuilles à la base des tiges et provoquent alors le dépérissement des plantules. Au potager, les semis sont vulnérables, car les larves peuvent en dévorer les feuilles. Pour les plantes installées, ce sont surtout les laitues, les fraisiers, les navets, les choux, les pommes de terre et les pois qui sont le plus souvent touchés. Plus généralement, les larves affectionnent les sols drainés, humides et riches en matière organique.
Sur les pelouses, vous verrez apparaître des taches jaunes correspondant à des zones où les racines sont détruites par les larves. Au potager ou dans les massifs de fleurs, les jeunes plants dépérissent brutalement ou se couchent sur le sol.
Les tipules dans une Oasis Nature
Les tipules affectionnent les terrains frais, voire franchement humides. A l’état adulte, ces insectes sont surtout actifs en soirée et aux premières heures de la matinée si la température est suffisamment clémente. Comme bon nombre d’insectes, les tipules sont attirées par la lumière et pénètrent facilement dans les maisons. Généralement, les adultes commencent à apparaître en juillet-août (cas de la Tipule des prairies), mais la majorité des émergences s’observe en septembre voire jusqu’en octobre quand la météo ou la région s’y prêtent. Deux générations dans une année peuvent parfois s’observer dans le Sud, comme la Tipule du chou, avec une première émergence au printemps (en avril-mai) et une seconde en automne.
La tipule représente donc un fléau pour nos plantes cultivées. Mais elle est aussi une véritable aubaine pour de nombreux animaux comme les oiseaux et les batraciens qui s’en nourrissent.
Une bergeronnette grise dégustant une tipule © Jacques Guille, Flickr
De plus, les larves contribuent efficacement au recyclage de la matière organique et à la génération de l’humus en dégradant les racines mortes, végétaux morts et autres résidus organiques dans le sol, ce qui améliore ainsi la fertilisation des sols.
Pour préserver vos potagers ou cultures, nous vous conseillons de lutter naturellement contre une trop forte abondance des tipules :
• Limitez les arrosages abondants et répétés sur vos pelouses et plantations. Les tipules aiment l’humidité et prospèrent les années à pluviosité élevée !
• Limitez la tonte. Les herbes hautes rendront plus difficile l’accès aux tipules pour venir pondre.
• Ne pas laisser les lumières du jardin allumées au moment de la ponte des oeufs.
• Prévenir la croissance de la mousse dans les gouttières et les toits plats. Le cousin aime y pondre ses œufs.
• Favorisez l’accueil des prédateurs naturels des larves de tipules : les oiseaux (merle noir, étourneau sansonnet...) mais aussi les batraciens (grenouille, rainette, crapaud...), les taupes, les musaraignes et les hérissons. Comptez aussi sur les chauves-souris qui chassent les tipules adultes.
Si vous avez un jardin ou même un balcon où vous protégez la biodiversité, rejoignez notre Réseau Oasis Nature pour partager votre aventure ! Pour ça, il vous suffit d’adhérer dans un premier temps, puis de vous inscrire gratuitement au Réseau Oasis Nature !
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Photo de couverture : © Jean Morillion, Flickr
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